À Osztiè, Marcs Maràngon commence son reportage en regardant ses pieds. La caméra l’imite. Pas de panorama, pas de bateau quittant le port : un passage, le bord du quai, le chemin qu’emprunte une personne chargée de matériel.
« Nous allons parler d’investissement. Pour une fois, nous ne commencerons ni par un tableau ni par un grand projet à venir. Nous commencerons par cet endroit où l’on pose le pied. »
Les ports d’Osztiè et d’Oszlàvie ont été inaugurés après rénovation le 29 août 2026, dans le cadre de Sziet Rivìs. À Osztiè, les interventions ont notamment concerné les accès, les amarrages, l’éclairage, les points d’eau et un abri. Un mur de soutènement fragilisé a également nécessité des travaux supplémentaires.
Le bénéfice qui ne fait pas la couverture
Marcs imagine le même trajet répété matin et soir. Porter, poser, attendre, repartir. Une difficulté légère, lorsqu’elle se reproduit plusieurs fois par jour, peut peser davantage qu’un obstacle spectaculaire rencontré une seule fois.
Un accès plus praticable ou un équipement disponible au bon endroit ne produit pas forcément une activité nouvelle. Il peut améliorer une activité qui existait déjà. C’est précisément ce qui rend certains travaux difficiles à raconter : leur réussite se voit parfois dans les problèmes qui cessent de revenir.
« Nous ne pouvons pas attribuer ici un gain de temps que personne n’a mesuré. Mais nous pouvons demander aux usagers ce qui les gênait, puis vérifier si les travaux répondent à cette difficulté. C’est déjà une manière sérieuse d’évaluer. »
Deux ports, deux réponses
À Oszlàvie, le projet mettait l’accent sur le maintien de l’identité du petit port de pêche et sur les conditions de travail et d’amarrage. Le reportage juxtapose cette orientation à celle d’Osztiè. La comparaison ne cherche pas un vainqueur.
Marcs reprend une image simple : on ne répare pas deux maisons en commandant les mêmes travaux parce qu’elles portent toutes deux le nom de maison. L’usage du bâtiment, son état et les besoins de ses occupants changent le diagnostic. Il en va de même pour un port.
« L’égalité d’attention ne suppose pas l’identité des chantiers. Elle suppose que l’on sache expliquer pourquoi on intervient ici de cette manière, et ailleurs autrement. »
Quand le chantier révèle autre chose
Le mur fragilisé d’Osztiè permet d’aborder une situation moins confortable : une intervention qui n’était pas au premier plan devient nécessaire pendant les travaux.
Marcs dispose trois feuilles sur une planche : constat, décision, conséquence. Pour comprendre une adaptation, il faut pouvoir suivre leur enchaînement. Qu’a-t-on découvert ? Pourquoi ne pouvait-on pas laisser les choses en l’état ? Qu’est-ce que cela change pour le chantier ?
L’émission ne chiffre pas un surcoût qui n’est pas documenté. Elle rappelle qu’une modification n’est ni automatiquement une faute ni automatiquement justifiée. Ce sont ses raisons et sa traçabilité qui permettent d’en discuter.
Du financement à la vie du port
Sziet Rivìs appartient aux réalisations suivies dans Agòra au titre du budget de la 24e législature. Ce lien entre crédit et projet donne aux citoyennes un objet de discussion plus précis qu’une annonce générale sur le littoral.
Mais l’examen ne s’arrête pas au statut « achevé ». Il se poursuit avec l’entretien. Qui signale un équipement détérioré ? Comment conserve-t-on les améliorations ? Un ouvrage négligé peut perdre progressivement l’utilité pour laquelle il a été rénové.
À Osztiè, la promenade et les cafés rappellent que le port se trouve aussi dans une ville culturelle, connue pour son festival. Cette proximité n’oblige pas à transformer chaque quai en décor touristique. Les usages de travail doivent rester lisibles au milieu des usages de loisir.
Revenir après l’inauguration
Le dernier plan retrouve le passage filmé au début. Marcs le traverse sans s’arrêter.
« Une inauguration marque un résultat. Pour savoir ce qu’il vaut dans la durée, il faut revenir lorsque les discours sont terminés. Regarder comment on travaille, ce qui tient, ce qui doit encore être corrigé. Et accepter qu’un investissement réussi puisse simplement rendre une journée moins difficile. »
Marcs Maràngon, pour ARTA Primè.


