Quand Lionòra Moràsz a confirmé son engagement à la Solitaire de Zantavia, elle n’a pas parlé de performance. Elle a parlé de mer, de silence, d’exigence. À Albanuova, on la connaît pour son sérieux, sa retenue et cette façon très particulière de naviguer : sans effet, sans bravade, avec une concentration presque austère. À Zantavia, elle s’apprête à porter cette méthode au plus haut niveau, sur un parcours en cinq temps autour du Continent Sud : Baie de Zantavia, Mer de Néié, Détroit d’Argentorate, Mer d’Ylésia, Détroit du Beau Ephore, puis retour à Zantavia.
Lionòra n’est pas une figure de tribune. Elle ne cherche pas à se faire “raconter”. Elle préfère que l’on observe son travail : la manière de préparer, d’anticiper, de tenir. Ses proches parlent d’une navigatrice qui se concentre sur l’essentiel, et dont l’endurance mentale fait la différence quand la fatigue, l’isolement et la répétition installent une forme d’usure invisible. Le solitaire n’est pas seulement une épreuve de navigation : c’est une épreuve de personnalité. Et c’est précisément là que Lionòra Moràsz intrigue autant qu’elle impose le respect. Interview.
Sztelà Cselòvan (ARTA) : Vous partez seule sur une boucle longue autour du Continent Sud, en cinq étapes. Qu’est-ce que vous allez chercher là-bas ?
Lionòra Moràsz : Une vérité simple : est-ce que je tiens. Pas seulement sur l’eau, mais dans la durée. Les jours se ressemblent, et c’est là que l’on voit si l’on sait rester juste. Je n’y vais pas pour “briller”. J’y vais pour aller au bout.

Sztelà : On vous décrit souvent comme une navigatrice très réservée. Est-ce une manière de vous protéger ?
Lionòra : Ce n’est pas de la protection. C’est ma façon d’être efficace. La mer ne s’intéresse pas à ce qu’on dit. Elle s’intéresse à ce qu’on fait. Je parle peu, parce que j’essaie de ne pas disperser l’énergie.
Sztelà : Qu’est-ce qui est le plus difficile, selon vous, dans une aventure en solitaire ?
Lionòra : L’absence de relais. Quand vous êtes fatiguée, il n’y a personne pour reprendre. Quand vous doutez, il n’y a personne pour décider à votre place. Il faut être capable d’entendre son propre esprit sans se laisser envahir. C’est un travail de lucidité.
Sztelà : Vous représentez Albanuova. Est-ce un poids supplémentaire ?
Lionòra : C’est une responsabilité, oui. Mais elle est saine. Je sais d’où je viens. Je sais ce que ce pavillon signifie : une communauté, une histoire, une exigence. Ce n’est pas un poids qui écrase. C’est un cadre qui élève.
Sztelà : Comment voulez-vous que le public albanovais vous suive pendant la course ?
Lionòra : Sans me transformer en personnage. Je veux rester réelle. Raconter les jours comme ils sont : les belles heures, les mauvaises, les hésitations, les petits gestes. Si je peux transmettre quelque chose, ce sera ça : la mer n’est pas un décor. C’est une école.
Sztelà : Si vous deviez donner un nom à votre état d’esprit au départ ?
Lionòra : La constance. C’est moins spectaculaire que l’audace. Mais c’est ce qui vous ramène au port.
Le rendez-vous ARTA : Blu comè il mâr
ARTA accompagnera cette aventure dans Blu comè il mâr, l’émission animée par Sztelà Cselòvan, avec un suivi centré sur le journal de bord de Lionòra, ses impressions, et ce que la course révèle — jour après jour — de son endurance, de sa précision et de sa manière unique d’habiter la mer.
Lionòra Moràsz n’a pas promis la victoire. Elle a promis d’aller au bout, correctement. Et c’est peut-être, au fond, la promesse la plus rare.

Retrouvez le journal de bord de Lionòra Moràsz


