La caméra est placée au ras du quai. À cette hauteur, on voit d’abord les amarres, l’eau qui monte contre la pierre et les ombres mouvantes des coques. Il faut relever les yeux pour retrouver Pjedìmont.
« Nous connaissons la capitale par ses institutions, ses places et ses rendez-vous politiques. Aujourd’hui, nous allons la regarder depuis l’endroit où elle reçoit, charge, répare et laisse partir. »
Sztelà Cselòvan commence son parcours au port. En Albanuova, la mer ne se trouve jamais très loin de la carte. Dans la capitale, elle est aussi au milieu de la ville.
Deux bassins, plusieurs manières d’arriver
Le port de Pjedìmont distingue un avant-port, tourné vers les grandes fonctions de transport et de commerce, et un bassin intérieur plus abrité, fréquenté notamment par les petites unités, la pêche et la plaisance. Le reportage suit cette différence d’échelle.
Un navire de transport et une petite embarcation peuvent apparaître dans le même panorama. Ils ne demandent ni le même espace ni la même organisation. Depuis un point fixe, Sztelà invite le spectateur à chercher les mouvements : ce qui approche, ce qui attend, ce qui reste immobile alors que le travail continue autour.
« L’attente fait partie du paysage portuaire. Mais elle n’a pas toujours la même signification. On peut attendre un départ, une opération à terre, une intervention technique. Une coque immobile ne raconte pas toute son histoire. »
La terre prend le relais
À proximité du port, la gare et le réseau TPA prolongent le déplacement. Cette proximité donne au reportage sa deuxième séquence : quitter le bateau n’est pas forcément arriver à destination.
Sur une table, Sztelà trace un voyage fictif avec trois objets : une carte d’embarquement sans nom, un sac et un titre de transport. Entre chacun, elle laisse un espace. Ce sont ces intervalles qui intéressent l’émission : trouver son chemin, comprendre où attendre, poursuivre avec ses affaires.
Le port est ainsi observé depuis le point de vue de la personne qui le traverse, plutôt que depuis celui de la seule infrastructure. Les distances peuvent sembler petites sur un plan et devenir sensibles lorsque l’on transporte une valise ou que l’on découvre la ville.
Le bateau qui reste
Le chantier naval de Pjedìmont introduit un autre temps maritime : celui de l’entretien et de la réparation. Sztelà pose sur le plateau un morceau de cordage et une petite pièce métallique. Ces accessoires donnent une échelle familière à un travail que l’on imagine volontiers immense.
« À la télévision, on filme facilement un départ. On filme moins la raison pour laquelle il a été possible. »
Le reportage s’attarde sur cette dépendance entre navigation et travail à terre. Un voyage ne se prépare pas seulement avec une destination. Il suppose un bateau disponible et une succession de gestes dont le résultat sera souvent de ne pas se faire remarquer pendant la traversée.
L’émission ne visite pas un navire nommé et n’annonce pas de commande au chantier. Elle choisit de montrer cette fonction du port : retenir momentanément les bateaux pour leur permettre de repartir.
Une autre vie pour la mémoire maritime
Le parcours se rapproche ensuite de la Peszcjàrie. L’ancien marché aux poissons accueille désormais des activités culturelles ; la Bjenâl de 2026 y a choisi pour thème « Ce que la mer nous rend ».
Sztelà s’arrête sur ce voisinage entre le travail du port et un lieu qui invite à regarder autrement les objets et les traces du rivage. Une même matière peut être utile, abandonnée, retrouvée, puis exposée. Le regard porté sur elle change avec son usage.
Cette halte ne transforme pas le port en musée. Elle montre que sa mémoire circule aussi dans la ville, au-delà des bassins et des entrepôts.
Rester au quai
Au terme de l’épisode, la caméra revient à sa position basse. Le paysage n’a pas besoin d’un départ spectaculaire pour prendre vie. Un bruit de pas, une ombre, une amarre tendue suffisent à rappeler que plusieurs activités se poursuivent à la fois.
« Pjedìmont est une capitale que l’on peut lire depuis la mer. Ce que nous avons vu aujourd’hui, c’est le travail de la rive : recevoir les voyages, leur donner une suite, et préparer ceux qui n’ont pas encore commencé. »
Sztelà Cselòvan, pour ARTA Primè.


