Une délégation sévéroslave, composée du Premier Ministre Iouri Nabokov et du Ministre des Affaires Micromondiales Dmitri Orlov, était arrivée en Livadia, avec pour objectir de nouer des liens diplomatiques et d’ouvrir le nouvel Etat au Micromonde.
La douanière releva la tête de son écran, détailla brièvement les deux visiteurs, puis adopta aussitôt la réserve professionnelle des points d’entrée internationaux.
« Mandì, Messieurs. Bienvenue en République d’Albanuova. »
Elle consulta les documents présentés, vérifia les identités d’un geste précis, puis releva les yeux, attentive.
« Monsieur le Premier Ministre Iouri Nabokov… Monsieur le Ministre des Affaires Micromondiales Dmitri Orlov… Je prends note. Votre arrivée est enregistrée. »
La douanière se tourna légèrement, fit un signe discret à une collègue en uniforme, puis activa un téléphone interne. Sa voix se fit plus basse, protocolaire, mais parfaitement audible pour la délégation.
« Je vous informe que les autorités matriarcales vont être prévenues immédiatement de votre présence sur le territoire. Une notification officielle est transmise à la Zontè matriàrcjâl et au service du protocole de Pjedìmont. »
Elle raccrocha, reprit sa posture neutre derrière le comptoir, puis ajouta avec un calme ferme :
« Dans l’attente de la prise en charge diplomatique, je vais demander qu’on vous conduise au salon d’accueil. Une agente viendra vous escorter dans quelques instants. Vous pourrez vous y installer et attendre que les représentantes mandatées pour vous recevoir arrivent. »
Un léger sourire, mesuré.
« Gracsìs de votre patience, Messieurs. Soyez les bienvenus en Albanuova. »
La voiture officielle franchit lentement l’esplanade du Palais matriarcal, ses pneus glissant sur les dalles claires qui bordaient les jardins d’honneur. À l’approche du perron, deux gardiennes en uniforme anthracite se mirent au garde-à-vous, tandis qu’une agente du protocole, dossier serré contre la poitrine, s’avançait pour accueillir la délégation.
Les portières s’ouvrirent. Le Premier Ministre Iouri Nabokov descendit le premier, suivi du Ministre Dmitri Orlov. L’air était frais, chargé d’embruns ; au-delà des murs, on devinait la mer proche de Pjedìmont.
« Messieurs, Mandì. Bienvenue au Palais matriarcal. Je suis Lavìna Rocsèl, du service du protocole. La Matriarche vous reçoit dans le salon d’audience. Si vous voulez bien me suivre. »
Le cortège franchit le vestibule, traversa une galerie sobre où les tentures bleues portaient l’étoile à sept branches, puis s’arrêta devant de hautes portes ouvragées. Deux gardiennes les ouvrirent d’un geste synchronisé.
À l’intérieur, le salon d’audience respirait la solennité sans ostentation : pierre claire, boiseries discrètes, et, au fond, un grand drapeau d’Albanuova. Une femme se tenait debout près d’une table basse, posture droite, regard assuré. Elle n’avait pas besoin d’être annoncée.
La Matriarche fit un pas en avant. Sa voix était nette, posée, et le sourire mesuré, celui d’une cheffe d’État qui entend marquer la bienvenue tout en tenant la ligne du protocole.
« Mandì, Monsieur le Premier Ministre Nabokov. Mandì, Monsieur le Ministre Orlov. Je vous souhaite la bienvenue en République d’Albanuova. »
Elle marqua une brève pause, laissant le silence installer le poids du moment, puis reprit, avec une courtoisie pleinement assumée.
« Votre démarche d’ouverture et votre volonté de nouer des liens avec le Micromonde ont été portées à ma connaissance. Albanuova reçoit votre délégation avec considération. Je vous remercie d’avoir fait le déplacement jusqu’à Pjedìmont. »
Elle indiqua d’un geste l’espace aménagé : deux fauteuils pour les invités, un troisième face à eux, et, sur un plateau, de l’eau et une boisson chaude.
« Je vous en prie, installez-vous. Nous pouvons commencer lorsque vous serez prêts. »
Le Premier Ministre et son collègue Ministre saluèrent chaleureusement la Matriarche. C’était leur premier déplacement à l’étranger depuis la fondation du Royaume de Sévéroslavie. Les 2 pays n’étaient pas si loin l’un de l’autre, et Kiow cherchait à tisser des relations diplomatiques.
– Bonjour, Excellence. Nous vous remercions de votre accueil amical et chaleureux. Nous espérons ne pas avoir commis d’impair, en effet il s’agit de notre premier déplacement à l’extérieur de notre pays.
Ils prirent place dans les fauteuils.
– Si nous sommes venus jusqu’à vous, c’est dans l’espoir de tisser des liens avec votre pays. Notre Royaume est jeune et, même si nous avons beaucoup de travail sur le plan de la politique intérieure, la politique micromondiale ne doit pas être mise de côté.
La Matriarche écouta sans les interrompre, les mains jointes devant elle, le regard attentif. À l’évocation de ce « premier déplacement », son expression se fit plus souple, comme si le protocole laissait un instant place à une considération plus personnelle. Elle hocha légèrement la tête, puis prit la parole avec ce mélange de chaleur maîtrisée et d’autorité tranquille qui caractérisait les audiences au Palais.
« Messieurs, je vous remercie. Et permettez-moi de vous rassurer immédiatement : vous n’avez commis aucun impair. Le premier pas hors de son pays, surtout lorsqu’il s’agit d’une visite officielle, a toujours quelque chose d’impressionnant. Vous l’avez accompli avec sérieux et dignité. »
Elle marqua une pause, puis posa une main légère sur le dossier de son fauteuil avant de s’asseoir à son tour, à leur hauteur, sans chercher la domination par la posture.
« Albanuova est un État ancien dans ses institutions, mais nous savons ce que signifie bâtir et consolider. Un royaume jeune qui choisit, dès ses premières années, de regarder au-delà de ses frontières et de s’inscrire dans la vie micromondiale… c’est un signal que nous prenons au sérieux. »
Son regard se fixa sur le Premier Ministre Nabokov, puis glissa vers Dmitri Orlov.
« Vous avez parlé de liens. C’est un mot important, parce qu’il suppose la réciprocité. À Albanuova, nous n’envisageons pas la diplomatie comme un décor : nous y voyons un instrument de stabilité, de reconnaissance mutuelle, et aussi de coopération concrète. »
La Matriarche leva légèrement la main, comme pour structurer la discussion.
« Je vous propose donc une approche claire, en trois temps. D’abord, entendre votre présentation : la nature exacte de votre Royaume, vos institutions, vos priorités diplomatiques. Ensuite, vous exposer nos propres principes, nos lignes rouges et nos champs d’ouverture. Enfin, si nous constatons une compatibilité, esquisser un premier cadre : une déclaration de contacts officiels, un traité de reconnaissance mutuelle ou un accord de coopération. »
Elle se pencha légèrement vers eux, le ton plus direct, sans perdre la courtoisie.
« Dites-moi, Monsieur le Premier Ministre : quelle est l’intention première de Sévéroslavie en venant à Albanuova aujourd’hui ? Cherchez-vous avant tout une reconnaissance formelle, l’ouverture de canaux diplomatiques permanents, un partenariat thématique, ou l’ensemble de ces éléments ? »

