République d’Albanuova
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Arrivée d'un émissaire d'Elysios
L’aéroport de Pjednè n’était surement pas habitué à voir arriver une navette spatiale sur son tarmac. A son bord, le pilote envoya un message à la tour de contrôle.
« Pjednè. Ici la navette Zios. Transportons un émissaire d’Elysios qui souhaite rencontrer vos autorités. Nom de l’émissaire : Buros Kanos. Demandons permission d’atterrir. »
A la tour de contrôle, on fut surpris d’observer une navette spatiale se diriger vers le tarmac de l’aéroport. D’aucunes se demandaient d’ailleurs dans quelle mesure la piste était adaptée pour accueillir un tel vaisseau.
La commandante de l’aéroport donna l’autorisation à la navette d’atterrir en ajoutant que tout dégât occasionné à l’occasion de l’atterrissage ne serait pas de la responsabilité de l’aéroport.
Elle prévint les autorités matriarcales de l’arrivée de la délégation élysianne.
Le pilote prit la mouche lorsque les autorités de l’aéroport remirent en doute ses compétences, en supposant qu’il allait mal s’y prendre pour atterrir et risquer d’endommager le bâtiment. Buros dut user de diplomatie pour l’apaiser et éviter que cette visite ne tourne au drame. Le pilote mit de côté sa vexation et dirigea l’appareil de sorte que celui-ci se pose en douceur, malgré le vacarme épouvantable des moteurs à fusion installés sur l’appareil.
L’atterrissage réussi, mené d’une main de maître, Buros se dirigea vers le SAS de dépressurisation et de désinfection. Les consignes étaient très claires : priorité absolue à la sécurité de l’Arkhios. Cela impliquait donc de ne pas ramener de germes plus que nécessaires, que ça soit sur le sol terrestre ou à bord de la station-état. Après une dizaine de minutes, Buros se vêtit d’un habit classique pour homme abaleconien. Voilà qui le changeait de la vie dans le plus simple appareil en Elysios… Mais il s’en accommoderait.
Il était seul, car l’Arkhios avait besoin de toutes les mains disponibles pour reconstruire le Royaume. Depuis le temps qu’il n’était pas venu ici, ça lui fit presque du bien de retrouver la surface. En survolant l’ancienne île où se trouvait le Royaume, il avait tout de même eu un petit pincement au coeur. L’île avait été dévastée par l’explosion du volcan, au point que le paysage était désormais chaotique…
Une diplomate abaleconienne se précipita à l’aéroport dès l’annonce de l’arrivée de la délégation elysianne. La conseillère matriarcale en charges des affaires étrangères avait indiqué qu’elle n’était pas disponible en raison de la réunion du sommet ZELEN. C’est donc une diplomate de l’Office qui s’était déplacée.
Certaines disaient que la Matriarche était réticente à l’idée de rencontrer des élysians en raison de leur proximité avec Natàcha Straveis et des élections matriarcales qui approchaient. S’afficher avec des soutiens de l’ancienne matriarche était sans doute un mauvais calcul pour Csilàn.
– Excellence Kanòs, je vous souhaite la bienvenue à Abalecon, que vous ne connaissez que trop bien.
Nous sommes heureuses de voir un représentant d’Elysios sur nos terres. Et on peut dire que votre arrivée n’a pas échappé aux habitants de cette île !
Je vous prie d’excuser la Matriarche Csilàn qui est retenue à Pjednè à la réunion des pays membres de la ZELEN. Vous aurez l’occasion de la rencontrer néanmoins.
J’espère que vous venez avec des nouvelles rassurantes de votre pays.
Buros n’était pas trop dépaysé en remettant les pieds en Abalecon. La terre ferme lui avait manqué. Il salua la diplomate abaleconienne avec un sourire chaleureux. Il était au courant des changements politiques qui s’étaient opérés en Abalecon et ça ne dérangeait pas plus que ça. A vrai dire les deux pays traversaient des périodes importantes, notamment sur le plan institutionnel. Le nouveau Couple Royal d’Elysios se positionnait comme plus progressiste que son prédécesseur.
– Je suis également heureux de vous revoir et de pouvoir à nouveau admirer de mes yeux vos superbes paysages. J’espère que la navette spatiale n’a pas engendré de dégâts. Nous travaillons sur des moyens de transports plus conventionnels mais notre pays doit d’abord régler des problèmes plus urgents.
En ce qui concernait la Matriarche, Buros ne se formalisait pas. Les considérations politiques, de toute façon, ça ne le regardait pas vraiment.
– Je patienterais le temps qu’il faudra pour la rencontrer, si elle le souhaite. J’ai conscience que la situation politique a changé. Nous avons consulté les données accessibles sur les derniers évènements survenus en Abalecon avant que je vous rende visite. Nous ne voulons pas interférer dans tout cela et apporter une influence négative. Et puis, Elysios a également un travail à réaliser de son côté.
Il hocha la tête, pensif, avant d’ajouter :
– Nous avons pu réactiver la Grande Synapse et réouvrir les communications. Le Couple Royal a souhaité que je vous en informe. Et que je vous expose les dernières nouvelles.
Je dois vous informer que ses Majestés Aeros et Heris ont été sévèrement blessés par le Grand Cataclysme. Elles ont été placées en stase cryogénique le temps que nous puissions trouver un moyen de les soigner. Triste nouvelle, leurs deux enfants n’ont pas survécu au désastre…
Ils ont été remplacés par le Roi Alethos et par la Reine Luveris qui sont nos nouveaux dirigeants. Ces derniers aimeraient rencontrer la Matriarche ici ou bien sur l’Arkhios, où nous vivons tous désormais.
Nous avons perdu beaucoup des nôtres et notre Sophis, la bibliothèque nationale. Des pertes inestimables mais nous travaillons à nous relever, plus forts. J’oublie surement des choses, si vous avez des questions, n’hésitez pas !
Comment se porte Abalecon, si la question n’est pas indiscrète et malvenue ?
– Nous sommes heureuses de savoir que votre pays a su traverser cette crise profonde. Plaise à Szimà de protéger le peuple élysian avec l’aide de son frère Fivòs !
Nous aurons plaisir à rencontrer le nouveau Couple royal pour rétablir les liens entre nos deux nations soeurs.
Je vous propose de ne pas rester à l’aéroport, il y a des endroits plus convenables pour un entretien diplomatique !
Nous vous avez réservé une chambre au Grand Hôtel Ardeàl. Vos bagages ainsi que ceux de votre délégation y seront déposés. Le Conseil matriarcal va vous recevoir pour évoquer avec vous l’avenir des relations Abalecon – Elysios. Je vous propose de me suivre, je vous y accompagne !
Buros inclina la tête en signe de gratitude.
– Eh bien, je ne dis pas non à un peu de repos ! L’espace, c’est bien, mais quand je repense à ma belle île de Cocagne d’où je viens, je me dis que la terre ferme est quand même bien appréciable ! Qui sait, peut-être qu’un jour nous retournerons sur des contrées terrestres !
Il suivit donc la diplomate. Apparemment les élections étaient en cours. Bientôt Abalecon connaitrait surement sa Matriarche. Ce serait avec elle qu’il organiserait la future rencontre avec le Couple Royal. Si elle le souhaitait, bien entendu.
En apprenant que Buros était revenu à Pjednè, Pjotr, qui envisageait prochainement un changement de prénom, mena sa petite enquête. Il fut ravi d’apprendre que cette espèce de tante de Roi Aeros était congelé comme du sperme dans un frigo. Bien fait pour sa gueule… De toute façon, elle et sa grognasse, il n’avait jamais pu les encadrer… Il n’allait clairement pas pleurer l’ancien Couple Royal. Il aperçut Buros de loin à plusieurs reprises. Celui-là, il avait toujours un trident dans le cul… ou alors s’agissait-il d’une lyre ? Peu importe… il ne voulait pas savoir ce qu’il faisait entrer dans son postérieur. Ca ne le concernait pas.
Il déchanta rapidement quand il découvrit que les successeurs étaient réformistes… Et qu’ils s’orientaient eux aussi vers une démarche plus démocratique. Décidément, cette maladie sévissait partout… Voilà qu’elle s’exportait jusque dans l’espace ! Et qui n’arrangeait pas les affaires de l’ancien Maréchal et de son ancienne Matriarche d’épouse. Avec ces dirigeants moins favorables, ils se retrouvaient dans la panade. Pour peu que l’autre morue de Chienlit décide de leur retirer la nationalité pour elle ou de les bannir… Pjotr avait un peu le cafard quand soudain une idée germa dans sa tête. Et s’il allait casser les miches de la nouvelle Matriarche ? En la piégeant dans ses principes ?
Peu à peu, un plan machiavélique se mit en place dans sa tête. S’il ne pouvait pas doter l’Arkhios de sa Sublime Poutre, il tâcherait de la mettre à contribution du pays et de se faire du pognon là-dessus. Ca le changerait des armes où étonnamment (n’est-ce pas) il ne serait pas le bienvenu… ça à la rigueur, il pouvait toujours essayer en Elysios, à l’occasion. Tous ces guignols en toge, fans de leurs technologies futuristes, seraient probablement couillonnés par la stupide de leurs monarques… A trop vouloir le progrès et la démocratie, ils se faisaient les artisans de leur propre destruction. Work in progress désormais… il fallait la jouer fine… et force était de constater que ça n’avait jamais été trop son fort ! Au sens propre comme au figuré !
La douanière reçut un appel de l’office des affaires étrangères : la Conseillère Csilàn était disposée à recevoir l’émissaire élysian. On fit venir un véhicule de l’office à l’aéroport pour conduire Buros Kanos jusqu’à Pjednè.
– La Cheffe de l’office des affaires étrangères vous attend à Pjednè, Excellence Kanòs.
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