Lisz meràveis dal paîsz — Szaurìs, les brumes du château Oràvan

Pour ce nouveau numéro de Lisz meràveis dal paîsz, Urbàn Nocsènt s’est rendu à Szaurìs afin d’explorer l’un des monuments les plus mystérieux d’Albanuova.

Au-dessus des vallées de Szaurìs, les tours du château Oràvan apparaissent et disparaissent au gré du brouillard. Il suffit parfois de quelques minutes pour que la forteresse, parfaitement visible depuis le chemin, soit entièrement engloutie par les nuages. Dans le paisz, on affirme volontiers que le château ne se montre jamais tout à fait à celles et ceux qui viennent le découvrir.

Pour ce nouveau numéro de Lisz meràveis dal paîsz, Urbàn Nocsènt s’est rendu à Szaurìs afin d’explorer l’un des monuments les plus mystérieux d’Albanuova. Entre histoire, cinéma et traditions populaires, le château Oràvan occupe une place singulière dans l’imaginaire albanovais.

Une forteresse au-dessus de la vallée

La route qui conduit au château traverse d’abord les paysages boisés de Szaurìs. À mesure que l’on gagne les hauteurs, les habitations deviennent plus rares et le silence s’installe. Derrière les arbres apparaissent finalement les murailles sombres d’Oràvan.

Construit sur un promontoire permettant de surveiller la vallée, le château fut successivement une résidence aristocratique, une place défensive et un lieu de représentation du pouvoir local. Ses différentes occupantes ont modifié le bâtiment au fil des siècles, ajoutant des ailes résidentielles, des salles de réception et des ouvrages de protection.

L’ensemble conserve pourtant une apparence austère. Les fenêtres étroites, les murs épais et les cours intérieures peu exposées au soleil donnent au monument une atmosphère qui contraste avec les paysages ouverts du littoral albanovais.

« Oràvan n’est pas un château élégant au sens classique du terme », observe Urbàn Nocsènt en franchissant la première cour. « Il impressionne moins par ses ornements que par sa masse. Tout semble avoir été construit pour résister : aux attaques, au climat et peut-être aussi au temps. »

L’histoire derrière les légendes

Comme beaucoup de monuments anciens, le château Oràvan est entouré de récits dont il est aujourd’hui difficile d’établir l’origine. Certaines habitantes évoquent des galeries souterraines rejoignant les forêts voisines. D’autres parlent de pièces murées, de portes qui ne figureraient sur aucun plan ou de silhouettes aperçues derrière les fenêtres lorsque le château est fermé.

Les historiennes se montrent plus prudentes. Plusieurs transformations du bâtiment ont effectivement condamné des couloirs et rendu certaines salles inaccessibles, mais rien ne permet de confirmer l’existence d’un vaste réseau souterrain.

La tradition orale demeure néanmoins particulièrement vivante à Szaurìs. Les histoires se transmettent dans les familles, souvent avec des variantes propres à chaque village.

Une habitante rencontrée au pied du château se souvient des récits de son enfance :

« Ma grand-mère disait qu’il ne fallait jamais répondre lorsqu’une femme vous appelait depuis les murs d’Oràvan. Selon elle, ce n’était jamais la personne que l’on croyait reconnaître. Nous savions que c’était une histoire pour nous empêcher de venir jouer ici, mais aucune de nous n’aurait osé vérifier. »

Pour Urbàn Nocsènt, ces récits ne doivent pas être considérés comme de simples superstitions. Ils constituent une autre manière de conserver la mémoire du lieu.

« Une légende ne raconte pas nécessairement ce qui s’est passé. Elle raconte ce qu’une population a choisi de retenir, de craindre ou de transmettre. À Oràvan, les pierres appartiennent à l’histoire ; les ombres, elles, appartiennent aux habitantes de Szaurìs. »

Le château de la Matriarche sanglante

L’affiche du film

La réputation inquiétante d’Oràvan a pris une nouvelle dimension en 2021, lorsque la réalisatrice Crisztìna Marzònei choisit le château comme principal décor de son film Matriàrcja Szangànada.

Coproduit par Sztudì Csinè ARTA et la société scanthéloise SSRTJ, le film s’inspire des légendes entourant Lizàbeta Csireì, une Matriarche d’Albanuova dont le règne de quarante-deux ans fut marqué par les révoltes paysannes et par une réputation durable de cruauté.

La rumeur affirmait que Lizàbeta Csireì faisait assassiner de jeunes filles afin de se baigner dans leur sang et d’accéder à l’immortalité. Le film reprend cette légende à travers le personnage de Pirà, une jeune femme de la bourgeoisie de Pjedìmont envoyée au château pour servir la souveraine.

Dans Matriàrcja Szangànada, Oràvan ne sert pas uniquement de décor. Ses escaliers, ses couloirs et ses cours deviennent les éléments d’un piège qui se referme progressivement sur la jeune femme. La forteresse paraît observer les personnages et conserver, derrière chacune de ses portes, une menace invisible.

Plusieurs scènes emblématiques furent tournées dans la grande cour, dans l’escalier principal et dans une ancienne salle de réception transformée pour les besoins du film en appartement de la Matriarche.

Les habitantes se souviennent encore de l’arrivée de l’équipe de tournage.

« Pendant plusieurs semaines, il y avait des véhicules, des projecteurs et des techniciennes partout », raconte une ancienne figurante. « La journée, on voyait très bien les décors et les accessoires. Mais le soir, lorsque l’équipe repartait et que le brouillard revenait, le château redevenait inquiétant. Le cinéma n’avait finalement pas eu besoin d’inventer grand-chose. »

Un monument vivant

La célébrité acquise grâce au film a attiré de nouvelles visiteuses à Szaurìs. Certaines viennent pour découvrir le patrimoine du paisz ; d’autres souhaitent retrouver les lieux de tournage ou se confronter aux histoires entendues autour du château.

Cette fréquentation représente une occasion importante pour le territoire, mais elle oblige également les autorités locales à protéger un bâtiment fragile. Certaines parties demeurent fermées en raison de leur état, tandis que les parcours ouverts au public doivent être régulièrement entretenus.

Les responsables du site cherchent aujourd’hui à concilier la dimension historique du monument avec son image populaire. Les visites présentent ainsi l’architecture et les anciennes fonctions du château avant d’aborder les légendes et le tournage de Matriàrcja Szangànada.

Cette approche permet d’éviter qu’Oràvan ne soit réduit à un simple décor de film d’horreur. Le château demeure avant tout un témoin de l’histoire de Szaurìs et des transformations politiques et sociales d’Albanuova.

Autour de la forteresse, la vie suit d’ailleurs son cours. Les chemins sont parcourus par les habitantes, les terres voisines continuent d’être exploitées et les villages entretiennent avec le monument une relation quotidienne, bien éloignée de l’image terrifiante montrée au cinéma.

Lorsque revient le brouillard

À la fin de la journée, le brouillard descend de nouveau sur la vallée. Les tours disparaissent progressivement, puis les murailles elles-mêmes s’effacent derrière un voile gris.

Depuis le chemin, le château Oràvan ne semble plus être qu’une silhouette. Il devient alors facile de comprendre pourquoi tant d’histoires sont nées en ce lieu.

« Nous sommes venus chercher la vérité derrière les légendes », conclut Urbàn Nocsènt. « Mais à Oràvan, la vérité ne chasse jamais complètement le mystère. L’histoire explique les murs, l’architecture et les transformations du château. Elle n’explique pas ce que chacune et chacun ressent lorsque le brouillard se referme sur les tours. »

À Szaurìs, le château Oràvan demeure ainsi suspendu entre plusieurs mondes : celui des faits et celui des récits, celui du patrimoine et celui du cinéma, celui des vivantes et celui des ombres que les générations précédentes ont laissées derrière elles.

Et lorsque la forteresse disparaît enfin dans les brumes, il ne reste plus qu’une question : les légendes sont-elles nées du château, ou est-ce le château qui continue d’exister grâce à elles ?

Retrouvez Lisz meràveis dal paîsz — Szaurìs, les brumes du château Oràvan sur ARTA Primè et sur ARTA+.

Le groupe ARTA

ARTA Primè

La première chaîne publique d’Albanuova, consacrée à l’information, aux magazines, aux émissions culturelles et aux grands événements.

Radiò Szorèli

La radio publique nationale, diffusée sur tout le territoire, entre actualités, musique et formats de proximité.

Sztudì Csinè ARTA

La maison de production audiovisuelle d’ARTA, installée à Pjedìmont, dédiée aux films, séries et créations originales.