[RP] Annonce du projet Sziet Rivìs

Armàlina Csilàn
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(@armalina-csilan)
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La matinée était claire sur Pjedìmont. Depuis les grandes ouvertures de la Peszcjàrie, on apercevait les reflets du soleil sur les eaux du port et le mouvement lent des embarcations amarrées le long des quais.

Pour l’occasion, l’ancien bâtiment maritime avait retrouvé une partie de sa fonction première. Entre les œuvres de la Bjenâl, les filets suspendus aux poutres et les objets remontés des eaux, plusieurs tables avaient été installées pour accueillir les représentantes des sept paisz, les autorités communales, des membres de la Protèzion Csivîl, des pêcheuses, des artisans du port et des responsables d’Albanuova Turìszim.

ARTA avait installé ses caméras sur le côté de la grande salle. À l’extérieur, une petite foule s’était réunie derrière les barrières, sur le quai longeant la Peszcjàrie.

Au centre de l’estrade, un panneau demeurait recouvert d’une toile bleu nuit. Seuls apparaissaient, dans sa partie inférieure, sept petits repères argentés disposés le long d’une ligne irrégulière évoquant la côte d’Albanuova.

Lorsque la Matriarche Armàlina Csilàn entra dans la salle, les conversations diminuèrent progressivement. Elle portait une tenue institutionnelle sobre, sans la tiare ni les grands ornements réservés aux cérémonies constitutionnelles. Elle salua les représentantes présentes, échangea quelques mots avec un groupe de travailleuses du port, puis rejoignit le pupitre.

Derrière elle, la mer demeurait visible.

Armàlina attendit que le silence s’installe.

— Représentantes des paisz, membres des conseils communaux, travailleuses et travailleurs de la mer, habitantes de Pjedìmont, je vous remercie d’être ici. Nous avons pris l’habitude de parler d’Albanuova comme d’une île. Nous le faisons avec fierté. Pourtant, une île n’est pas seulement une terre entourée d’eau. C’est aussi une terre dont chaque village, chaque port, chaque chemin et chaque famille entretient une relation particulière avec la mer.

Dans la salle, plusieurs pêcheuses acquiescèrent silencieusement.

— Cette mer nourrit Albanuova. Elle nous relie au reste du Micromonde. Elle porte nos embarcations, nos marchandises et nos voyages. Mais elle use également nos quais, fragilise nos digues et rappelle parfois avec rudesse que nos côtes doivent être entretenues, protégées et transmises.

La Matriarche posa les mains de chaque côté du pupitre.

— La Zontè matriàrcjâl soumettra donc au Conszeì Grant un programme national consacré à l’aménagement progressif du chemin côtier d’Albanuova et à la rénovation de ses petits ports.

Elle se tourna vers le panneau placé derrière elle et retira la toile.

Une ligne claire dessinait le pourtour de l’île. Sept marques argentées y représentaient les paisz. Sous la carte figurait le nom du projet :

SZIET RIVÌS

Un murmure parcourut la Peszcjàrie tandis que les appareils photographiques se déclenchaient.

— Sziet Rivìs. Les Sept Rivages.

Armàlina laissa quelques secondes au nom pour s’imposer.

— Ce programme ne promet pas de transformer en quelques semaines toute la côte d’Albanuova. Il ne promet pas davantage une promenade uniforme, construite sans considération pour les paysages et les activités qui font vivre nos ports. Ce serait contraire à l’esprit même du projet.

Elle désigna la carte.

— Sziet Rivìs reposera sur les chemins qui existent déjà, sur les anciens passages de pêche, sur les quais, sur les sentiers naturels et sur les promenades urbaines. Là où un chemin devra être restauré, il le sera. Là où la nature impose la prudence, elle sera respectée. Là où un port demeure un lieu de travail, son activité sera protégée. La côte ne sera pas rendue accessible en chassant celles et ceux qui y travaillent. La rénovation d’un port ne devra jamais devenir le prétexte à effacer les pêcheuses, les ateliers maritimes, les marchés ou les embarcations qui lui donnent sa vie.

Quelques applaudissements partirent du fond de la salle, rapidement suivis par une partie de l’assistance.

— Chaque paisz sera invité à proposer une première section du chemin et un ouvrage portuaire prioritaire. Il pourra s’agir d’un quai endommagé, d’une cale ancienne, d’un embarcadère, d’un accès dangereux, d’un sentier interrompu ou d’un bâtiment maritime à préserver. La République fixera les règles communes, assurera la cohérence nationale du tracé et financera les infrastructures d’intérêt général. Les paisz et les communes détermineront les besoins locaux, conduiront les consultations et participeront au suivi des travaux.

Armàlina se tourna vers les représentantes territoriales assises au premier rang.

— Il ne s’agit donc pas d’un programme conçu à Pjedìmont puis imposé à l’ensemble du pays. Sziet Rivìs devra être un projet national précisément parce qu’il sera construit avec les sept paisz. Le programme comportera également un volet consacré à la sécurité. La Protèzion Csivîl participera à l’examen des ouvrages, à l’amélioration des accès de secours et à l’installation d’équipements adaptés dans les ports les plus exposés. Les quais, les digues et les chemins côtiers ne sont pas seulement des lieux de passage ou de loisir. Ils sont aussi, en cas de tempête ou d’accident maritime, des infrastructures essentielles.

Une responsable de la Protèzion Csivîl, placée près de l’estrade, inclina légèrement la tête.

— Enfin, Sziet Rivìs sera un projet de mémoire. Les ports portent des récits que les registres administratifs n’ont pas toujours conservés. Des familles y ont travaillé pendant des générations. Des embarcations y ont été construites. Des départs et des retours y ont été attendus. Des lieux aujourd’hui abandonnés ont autrefois été au centre de la vie de nos communes.

Le regard de la Matriarche parcourut les installations de la Bjenâl.

— Nous sommes réunis dans un lieu qui pose déjà une question essentielle : que nous rend la mer ? Sziet Rivìs devra aussi se demander ce que nous voulons lui confier à notre tour.

Elle annonça ensuite les premières décisions de la Zontè.

— Dès l’adoption de la loi de finances, un fonds particulier sera ouvert pour les études, les premiers travaux et la sécurisation des ouvrages prioritaires. Dans les prochaines semaines, chaque paisz recevra un appel à propositions. Les conseils de paisz disposeront d’un délai pour remettre leur dossier. Une première carte indicative du chemin côtier sera ensuite publiée. Trois opérations pilotes seront engagées pendant la 24e Législature. La première concernera Pjedìmont et les abords de la Peszcjàrie. Une deuxième sera consacrée à un port vivant et à ses activités locales. La troisième portera sur un ouvrage particulièrement exposé aux risques maritimes.

Un léger mouvement traversa les rangs des représentantes des paisz. Chacune semblait déjà mesurer les possibilités ouvertes pour son territoire.

— Nous ne prétendons pas inaugurer demain le tour achevé d’Albanuova. Nous voulons faire quelque chose de plus sérieux : fixer le tracé, protéger sa continuité, ouvrir les premiers passages et commencer les travaux que d’autres poursuivront après nous.

Elle regarda une dernière fois la carte.

— Un chemin. Sept paisz. Une île. Sziet Rivìs commence aujourd’hui.

Les applaudissements remplirent la Peszcjàrie. À l’extérieur, sur le quai, la foule reprit le nom du projet tandis que les caméras d’ARTA se tournaient vers la carte dévoilée.

La cérémonie officielle s’acheva quelques minutes plus tard, mais les discussions commencèrent aussitôt.

Des représentantes des paisz se rapprochèrent des cartes préparatoires. Les pêcheuses présentes demandèrent quelles garanties seraient inscrites dans la loi pour protéger leurs espaces de travail. Une délégation communale évoqua déjà la dégradation d’une digue. Plusieurs habitantes de Pjedìmont réclamèrent que le futur chemin demeure gratuit et ouvert à toutes et tous.

À quelques mètres de l’estrade, une journaliste du Telègjornâl tendit son micro à la première représentante disposée à réagir.