République d’Albanuova

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Réception de l'ambassadeur des Etats fédérés de Mézénas

#1356

Le véhicule officiel quitta les quais et gagna le centre de Pjedìmont avant de franchir les grilles du Palais matriarcal. Antoine Bernardin fut conduit à travers les couloirs du palais jusqu’à un salon de réception donnant sur les jardins.

Quelques instants plus tard, la Matriarche Armàlina Csilàn entra dans la pièce. Elle s’avança vers l’Ambassadeur et lui tendit la main avec un sourire mesuré.

— Monsieur l’Ambassadeur, soyez le bienvenu à Pjedìmont et en République d’Albanuova.

Elle l’invita d’un geste à s’avancer davantage dans le salon.

— Votre arrivée marque une étape importante dans l’établissement de relations durables entre nos deux pays. Albanuova est heureuse d’accueillir aujourd’hui le premier représentant permanent de Mézénas auprès de la République.

Elle inclina légèrement la tête.

— Monsieur l’Ambassadeur, je vous écoute.

#1707

Antoine Bernardin : Eh bien, Votre Altesse, merci pour votre accueil ! J’ai eu le loisir d’admirer une partie des paysages de votre pays, depuis le port jusqu’ici et je pense que je peux dire que je m’y sentirai bien.

#1708

Armàlina accueillit le compliment avec un sourire, avant d’esquisser un léger mouvement de la main.

— Je suis heureuse de l’entendre, Monsieur l’Ambassadeur. Et j’espère que les paysages que vous n’avez pas encore vus finiront de vous convaincre.

Son sourire se fit légèrement plus amusé.

— En revanche, permettez-moi de vous épargner une difficulté de protocole dès votre arrivée : « Très Honorable Matriarche » suffira parfaitement. « Votre Altesse » risque de donner à mes concitoyennes l’impression que nous avons restauré une monarchie pendant votre traversée.

Elle lui désigna aimablement le salon.

— Mais je vous en prie, Monsieur Bernardin. Vous avez fait un long voyage pour venir jusqu’à nous et cette rencontre est avant tout la vôtre. Je vous écoute.

#1709

Bernardin sentit son pouls s’accélérer. Pris dans sa nervosité, il s’accrochait désespérément aux formules de respect, mais plus il essayait de bien faire, plus son esprit s’embrouillait.

Antoine Bernardin : Ma foi, Votre Grâce, c’est vrai que ce fut un long voyage et je prendrais bien un petit remontant ! Euh… Votre Grandeur, sans plus attendre, je vous remets mes lettres de créance.

Bernardin s’épongea le front puis il tendit un courrier, sous scellé, à la Matriarche, signé de la main du Premier Syntharque. Il contenait les banalités habituelles que contiennent les lettres de créances. 

 

Lettres de créance de l’Ambassadeur Antoine Bernardin

À Armàlina Csilàn, Matriarche d’Albanuova,

Par la volonté d’Arès, Autorité Suprême de Mézénas,

Par l’autorisation du Conseil des Portes,

Et en ma qualité de Premier Syntharque, dépositaire de la parole de l’État,

 

J’ai l’honneur de vous faire parvenir les présentes lettres de créance, attestant la nomination de Monsieur Antoine Bernardin en tant qu’Ambassadeur de Mézénas auprès de votre République.

Arès a choisi Monsieur Bernardin pour représenter la Famille mézène en raison de sa loyauté et de sa capacité à porter la voix de notre nation avec clarté et rigueur. Il est chargé de maintenir et développer les relations entre nos deux États, dans le respect des principes qui fondent notre pays.

Je vous prie de bien vouloir lui accorder votre confiance et les facilités nécessaires à l’exercice de sa mission.

Puisse cette nomination renforcer la stabilité et ouvrir une ère nouvelle de coopération entre nos nations.

Recevez, Madame, l’expression de ma considération la plus codifiée.

 

Scytale O’Platt, Premier Syntharque,

Chef du Conseil des Portes,

#1712

Armàlina ne put retenir un sourire devant la succession de titres. Voyant surtout l’embarras grandissant de l’Ambassadeur, elle se garda cette fois de toute correction.

— Monsieur Bernardin, rassurez-vous. Je vous promets que la République survivra à quelques écarts de protocole.

Elle fit discrètement signe à une collaboratrice.

— Et puisque vous avez traversé une bonne partie du Micromonde pour venir jusqu’ici, je pense que nous pouvons également vous trouver ce remontant.

Puis elle retrouva toute la solennité requise lorsque l’Ambassadeur lui présenta le courrier scellé. Armàlina le reçut des deux mains et prit quelques instants pour en parcourir le contenu. Lorsqu’elle releva les yeux, son ton était plus officiel.

— Monsieur Antoine Bernardin, je reçois les lettres par lesquelles le Premier Syntharque Scytale O’Platt vous accrédite comme Ambassadeur de Mézénas auprès de la République d’Albanuova. Au nom de la République matriarcale, je vous souhaite officiellement la bienvenue dans vos fonctions. Vous pourrez compter sur la Zontè matriàrcjâl pour vous apporter les facilités nécessaires à l’exercice de votre mission et à votre installation à Pjedìmont.

Une collaboratrice entra alors avec un plateau. Elle y avait déposé un petit verre rempli d’une liqueur ambrée, préparée à partir de plantes albanovaises et réputée pour sa teneur en alcool particulièrement élevée. Armàlina désigna le verre servi devant l’Ambassadeur, avec un sourire qui tranchait quelque peu avec la solennité des instants précédents.

— Voilà pour la diplomatie. Et voilà pour le remontant : de la Fjâmm ardènt, une liqueur de plantes albanovaises. Je vous conseille de la déguster lentement ; elle a la réputation de réveiller même les diplomates les plus fatigués.

Elle prit place dans l’un des fauteuils du salon et invita Bernardin à en faire autant.

— Maintenant que nous avons réglé l’essentiel du protocole, nous pouvons peut-être faire connaissance plus simplement.

#1713

Bernardin prit le verre et le but d’une seule traite. Bien évidemment, les effets furent rapides, mais curieusement, loin de lui faire perdre encore plus ses moyens, cela lui fit aussitôt reprendre ses esprits.

Antoine Bernardin : Très Honorable Matriarche, je crois que cette boisson serait fort appréciée par mes compatriotes. Si un jour nos deux pays avaient des échanges économiques, il ne fait aucun doute que ce breuvage aurait beaucoup de succès à Mézénas !

Pour le reste, je n’aime guère parler de moi, dans notre famille, nous sommes plutôt des taiseux. D’ailleurs, ma mère me le disait souvent : « Chez nous, la parole, c’est comme le bois sec : ça se garde pour l’hiver. »

#1714

Armàlina eut un sourire en voyant l’Ambassadeur retrouver presque instantanément son aplomb.

— Je prends bonne note de votre expertise commerciale, Monsieur Bernardin. Si ce verre devient un jour notre premier produit d’exportation vers Mézénas, je veillerai à ce que votre contribution soit mentionnée dans les archives.

Elle laissa échapper un léger rire, puis son expression se fit plus attentive à la maxime qu’il venait de citer.

— Votre mère avait une jolie manière de dire les choses. Chez nous, on dirait peut-être que certaines paroles doivent attendre d’avoir assez mûri avant d’être offertes.

Son regard se fit néanmoins curieux.

— Mais puisque vous évoquez votre famille, j’aimerais au moins savoir ce qui vous a conduit, vous, jusqu’à la diplomatie. On imagine volontiers les ambassadeurs comme des personnes qui aiment parler. Vous venez précisément de m’expliquer que ce n’est pas votre cas.

Ce qui, à bien y réfléchir, constitue peut-être une excellente qualité pour un diplomate.

#1716

Antoine Bernardin : Au départ, je ne suis d’un petit fonctionnaire travaillant aux Affaires étrangères. Et il faut croire qu’Arès a su détecter chez moi des talents, mais j’aurais bien du mal vous dire lesquels. Peut-être sont-ils cachés.

#1718

Armàlina hocha doucement la tête, laissant de côté la question des critères d’Arès.

— Dans ce cas, nous laisserons à Arès le secret de ses critères. J’aimerais plutôt profiter de votre présence pour avancer sur quelque chose de très concret.

Elle se pencha légèrement vers l’Ambassadeur.

— Je souhaiterais que nous étudiions l’ouverture d’une liaison aérienne régulière entre Pjedìmont et Kaïtaïn, assurée en coopération par Szcala et la compagnie nationale de Mézénas.

Maintenant que nos deux États entretiennent des relations diplomatiques permanentes et disposent d’ambassades, il serait assez logique que nous puissions également nous rejoindre directement. Une relation bilatérale devient tout de même beaucoup plus réelle lorsqu’il existe un avion pour la parcourir.

Armàlina marqua une courte pause.

— Je verrais volontiers une desserte conjointe : quelques rotations régulières dans un premier temps, avec une coordination entre les deux compagnies, puis une adaptation en fonction de la fréquentation. Cela permettrait de répartir l’effort et de donner immédiatement à cette ligne un caractère véritablement bilatéral.

Un léger sourire passa sur son visage.

— Et puisque vous venez de commencer à créer un marché mézène pour nos spécialités albanovaises, il faudra bien prévoir un moyen raisonnable de les transporter jusqu’ici.

Si vous êtes d’accord, pourriez-vous transmettre cette proposition à vos autorités et à votre compagnie nationale ? De mon côté, je demanderai à Szcala d’examiner les conditions d’une liaison Pjedìmont–Kaïtaïn. Nous pourrions ensuite mettre les deux compagnies en relation directement.

Ce serait, je crois, un excellent premier projet concret issu de notre rapprochement.

#1719

Antoine Bernardin : L’ouverture d’une liaison aérienne entre nos deux capitales fait partie des projets d’Arès et du Conseil des Portes, puisque c’est le prolongement logique de l’ouverture de nos relations diplomatiques.

Je suis d’ailleurs persuadé que chez MézénAir, la compagnie aérienne mézène, la chose est déjà à l’étude. Je me suis laissé dire qu’ils cherchaient actuellement à acquérir leur premier appareil.

Par la suite, il faudrait effectivement que les directeurs de nos deux compagnies aériennes se mettent en relation.

De cette façon, les liaisons entre Pjedìmont et Mézépolis (le nom de notre capitale à partir du 1er septembre) seront bien plus faciles et je n’aurai pas à prendre le bateau pour retourner à Mézénas, de temps à autre.

#1722

Armàlina acquiesça, manifestement satisfaite de constater que le projet était déjà envisagé des deux côtés.

— Voilà qui simplifiera les choses. Si MézénAir travaille déjà à l’acquisition de son premier appareil, nous avons tout intérêt à mettre les deux compagnies en relation dès maintenant plutôt que d’attendre que chacune avance séparément.

Szcala pourra naturellement partager son expérience sur l’exploitation d’une ligne internationale et examiner avec MézénAir les questions d’horaires, d’assistance au sol, de billetterie ou même de coordination commerciale. Il n’est pas nécessaire que nous inventions immédiatement quelque chose de très sophistiqué : l’essentiel est de rendre la liaison viable et régulière.

Et j’imagine que la perspective de ne plus devoir faire le voyage en bateau constituera pour notre ambassadeur mézène à Pjedìmont un argument commercial assez convaincant.

Puis elle revint sur un détail qui avait retenu son attention.

— Vous venez toutefois de m’apprendre autre chose : Mézépolis à partir du premier septembre. Je vais devoir prévenir rapidement nos services diplomatiques, sans quoi nous risquons d’inaugurer une liaison aérienne vers une capitale qui aura changé de nom entre la rédaction de l’horaire et le premier décollage.

Je demanderai donc à Szcala de désigner une interlocutrice pour MézénAir. Si vos autorités font de même, nous pouvons très vite passer d’une intention politique à un projet de desserte Pjedìmont–Mézépolis.

#1723

Antoine Bernardin : Si vous le souhaitez, vous pouvez demander à la personne à la tête de Szcala de se mettre directement en relation avec le directeur de MézénAir. (il met la main dans la poche intérieure de sa veste et en sort plusieurs cartes de visite) Je vous donne sa carte, il se nomme Tavrik Olsen. Après s’être mis d’accord, ils pourront tous les deux se rencontrer au Velvet Lounge (ici).

Concernant le nom de notre capitale, un communiqué (ici) a été fait par le Premier Syntharque il y a tout juste une semaine. Le nom de notre pays changera également le 1er septembre, il s’appellera désormais la République Codifiée de Mézénas.

#1728

Armàlina acquiesça en prenant note des coordonnées de Tavrik Olsen.

— Très bien. Notre ambassadrice à Mézénas, Roszà Bertòni, prendra directement contact avec lui, et je demanderai à la directrice de Szcala de participer à cette première rencontre avec MézénAir. Ce sera le moyen le plus simple de faire avancer rapidement le projet de liaison entre Pjedìmont et Mézépolis.

Elle referma le dossier qu’elle avait devant elle.

— Et je vous remercie également pour ces précisions concernant le changement de nom de votre capitale et celui de votre pays. Nos services ont déjà procédé à la mise à jour : la République Codifiée de Mézénas et Mézépolis figurent désormais ainsi dans notre portail diplomatique. Nous éviterons donc, au moins sur ce point, d’être en retard sur l’actualité mézène.

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