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Clejà Morszàn : « La 25e législature devra transformer l’élan en résultats »
ARTA · Entretien · Politique
Entretien ARTA · Politique

Dans l’hémicycle du Conszeì Grant, les quarante-neuf sièges sont encore ceux de la 24e législature. Plus pour longtemps. À quelques jours du scrutin, les couloirs du Parlement albanovais vivent déjà au rythme de la suivante. Les derniers dossiers de la législature côtoient les documents électoraux, les conversations se déplacent progressivement des textes votés vers les programmes des listes et, dans les bureaux, chacune sait que le prochain équilibre politique sera bientôt entre les mains des citoyennes. Clejà Morszàn nous reçoit en fin de matinée dans le bureau de la présidence du Conszeì Grant. L’entretien devait initialement durer une trentaine de minutes. Il se prolongera bien au-delà. Sur une table basse, plusieurs dossiers témoignent d’une législature qui aura voulu rendre l’action publique plus visible : investissements, projets territoriaux, protection de la population, culture. La présidente du Conszeì Grant, également membre d’AC, ne cherche pas à dissimuler que cette fin de mandat est aussi le début d’une campagne.
« C’est précisément le moment où nous devons rendre des comptes », dit-elle.
Une législature jugée sur ce qu’elle a produit
Clejà Morszàn se méfie des bilans uniquement constitués de lois votées et de déclarations politiques. Pour elle, le principal changement de la 24e législature doit pouvoir se mesurer ailleurs : dans les projets effectivement financés et dans ce qui commence à apparaître sur le terrain. Le budget matriarcal n°24, adopté le 2 août, dispose de 11 KSz de recettes et engage 11 KSz dans les projets publics. Trois grandes priorités s’en dégagent : la protection de la population, les infrastructures portuaires et la culture.
« Un budget n’a de sens que lorsqu’il quitte les tableaux et qu’il devient quelque chose que l’on peut voir, utiliser ou fréquenter. Nous avons voulu que les crédits correspondent à des projets identifiables. »
Dans le bilan qu’elle défend, Clejà Morszàn accorde aussi une place importante à quelque chose de beaucoup moins spectaculaire : la possibilité pour les citoyennes de suivre l’exécution des décisions publiques. La création d’Agòra pendant la législature répond précisément à cet objectif. La plateforme met en relation recettes publiques, décisions budgétaires, projets, territoires concernés et résultats obtenus. Elle permet ainsi de suivre l’action publique au-delà du seul vote initial du budget.
« Voter trois KSz pour un centre de secours ne doit pas être la fin de l’information. Les citoyennes doivent pouvoir savoir si ces trois KSz ont réellement été utilisés, ce qui a été réalisé et si le projet est terminé. »
Elle marque une courte pause.
« La confiance dans les institutions se construit aussi avec des choses assez simples : pouvoir vérifier ce qu’elles font. »
« Nous n’avons pas tout terminé »
Le bilan n’est pourtant pas présenté comme celui d’une législature ayant achevé sa tâche. Clejà Morszàn le reconnaît sans difficulté : certains projets restent en exécution et plusieurs politiques publiques devront désormais être évaluées sur la durée. Elle refuse surtout de confondre quantité de projets et qualité de l’action publique.
« Nous ne devons pas tomber dans une course où chaque législature annoncerait dix nouveaux projets uniquement pour pouvoir dire qu’elle en a fait davantage que la précédente. La question est : est-ce utile ? Est-ce financé ? Est-ce réalisable ? Et à la fin, est-ce que cela existe vraiment ? »
Un avertissement qui vaut aussi pour la campagne qui commence. Clejà Morszàn entre alors sur un terrain plus délicat. Présidente du Conszeì Grant, elle demeure membre d’AC. Durant la 24e législature, la formation a occupé 29 des 49 sièges, devant le PSC et le BNS. L’élue assume cette double position.
« Lorsque je préside le Conszeì Grant, je dois garantir les droits de chaque élue, quelle que soit sa formation. Cela ne signifie pas que je cesse d’avoir des convictions politiques. »
À l’approche des élections, la frontière devient naturellement plus visible. AC devra désormais répondre non seulement de ses propositions pour les prochains mois, mais aussi de ce qui a été réalisé pendant la législature qui s’achève.
« Nous avons exercé des responsabilités. Les électrices ont parfaitement le droit de nous demander : qu’avez-vous fait avec cette responsabilité ? »
Et si le résultat du scrutin modifiait profondément les équilibres du Conszeì Grant ? Clejà Morszàn écarte toute ambiguïté.
« Une majorité appartient aux citoyennes avant d’appartenir aux partis. Si elles décident d’en changer, personne n’a à leur expliquer ensuite qu’elles auraient dû voter autrement. »
Pour la présidente du Conszeì Grant, la prochaine campagne ne doit donc pas se limiter à savoir qui poursuivra les investissements engagés. Plusieurs choix vont devoir être posés. Faut-il accélérer la modernisation des infrastructures ? Jusqu’où décentraliser l’action publique vers les paisz ? Quels nouveaux investissements la République peut-elle financer ? Quelle place accorder à la culture ? Comment accompagner le développement économique ? Et quelle présence Albanuova souhaite-t-elle avoir dans un Micromonde avec lequel elle entretient des liens de plus en plus nombreux ?
« Dire que l’on veut davantage de services publics, davantage d’investissements, davantage de protection de l’environnement et moins de dépenses n’est pas un programme. À un moment, gouverner signifie choisir. »
Elle aimerait donc voir apparaître, pendant la campagne, des désaccords plus clairement assumés.
« Une démocratie n’a pas besoin que toutes les listes disent la même chose avec des couleurs différentes. Elle a besoin de propositions que les citoyennes puissent comparer. »
Un Conszeì Grant plus visible
Clejà Morszàn identifie enfin un chantier institutionnel pour la prochaine législature : rapprocher le Parlement des citoyennes. Elle estime que l’activité du Conszeì Grant reste trop souvent perçue à travers ses moments les plus visibles — élections, grands votes, annonces — alors qu’une partie essentielle du travail se joue dans l’examen des textes, les arbitrages budgétaires et le suivi des politiques publiques.
« Les citoyennes ne doivent pas avoir besoin d’être spécialistes de nos institutions pour comprendre ce que nous décidons. Si elles voient un centre de secours rénové, un port en travaux ou un nouveau lieu culturel, elles doivent pouvoir remonter jusqu’à la décision qui l’a rendu possible. »
C’est peut-être là que la présidente place le véritable héritage politique de la 24e législature : moins dans une accumulation de textes que dans la tentative de construire une chaîne plus visible entre décision, financement, réalisation et résultat. L’entretien s’achève alors que, derrière les portes du bureau présidentiel, le Conszeì Grant continue de fonctionner quelques jours encore sous sa configuration actuelle. La 24e législature laissera derrière elle au moins une réalisation entièrement achevée, le centre de secours de Purdènan ; des investissements toujours en mouvement, à commencer par Sziet Rivìs ; une nouvelle institution culturelle avec la Bjenâl ; et une manière plus publique de suivre l’utilisation des crédits de la République. Mais Clejà Morszàn refuse d’en faire un point final. Lorsqu’on lui demande ce que devrait être, en une phrase, la 25e législature, elle revient au futur plutôt qu’au bilan.
« Nous avons montré que nous pouvions remettre des projets en mouvement et aller jusqu’à leur réalisation. Maintenant, il faut choisir où nous voulons aller. La 25e législature devra transformer cet élan en résultats durables. »
Dans quelques jours, ce choix ne lui appartiendra plus. Il appartiendra aux électrices.
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