– Le droit de vote ? Pour quoi faire ? Il faut retenir les leçons du passé. L’exemple Hrdoste ou Vlady nous a suffi. Seuls quelques hommes devraient avoir le droit de voter. Mais certainement pas tous. Je ne comprends pas en quoi la stratégie que tu proposes serait une victoire pour nous ? Tu réalises le programme du PSC… Et pourquoi pas offrir le postérieur des citoyens aux copro-politiques de la LEM aussi tant qu’on y est ???
Il leva les yeux au ciel, en croisant ses bras musclés, particulièrement saillants sous son t-shirt noir, parfaitement ajusté à sa musculature.
– L’impression que tu donnes, c’est que tu renonces à tout ce qui fait l’identité de ce pays. As-tu encore foi en Simeis ? Je me permets d’en douter vu la façon dont tu veux bafouer ses préceptes…
« – Le pire des exemples, c’est sans doute toi. Les autres ont au moins eu la délicatesse de quitter le pays alors que toi tu es toujours là.
Car je n’ai pas parlé de droit de vote mais de droit de proposer. »
S’adressant à la Matriarche :
« – Bien, peut-on parler entre femmes maintenant ? Le spectacle a assez duré. Je n’ai pas de leçons à recevoir d’un homme, encore moins d’un homme qui n’est même pas capable de nommer notre déesse-mère de son vrai nom. Mais c’est sans doute à force de fréquenter le souverain Aéros. »
La Matriarche appréciait Natàliya qui lui rappelait sa jeunesse et son sale caractère. Elle avait un certain talent politique et l’idée de l’interview lui plaisait. Mais de là à sacrifier un scrutin déjà engagé et à revenir sur des règlements déjà publiés, elle trouvait cela risqué.
« Nous maintenons le scrutin. N’y vois cependant pas un désaveu. Il est probable que le scrutin sera planté puisque aucune majorité ne va se dégager et que l’on risque même l’ex-aequo parfait.
Si cela se confirme, je ferai l’allocution télévisuelle pour annoncer une réforme constitutionnelle compte tenu des résultats de l’élection.
Maintenant je vous invite à reprendre vos activités respectives. Moi, c’est atelier cuisine !
Oh encore une chose : allez dîner en tête à tête dans un restaurant. Ça vous calmera. »
Pjotr avait quand même davantage envie de prêter son rouleau à pâtisserie à son épouse que d’aller dans un restaurant en compagnie de Natalya. Il suggéra :
– Peut-être pourrions-nous inviter Natalya à rester dîner ? Promis, je ne mettrais pas de cyanure dans le repas, ni dans la boisson.
Pour le reste, il n’avait pu qu’acquiescer lorsque Natacha avait proposer de conserver l’élection. Il espérait néanmoins que la réforme constitutionnelle n’ouvre pas les vannes comme le défendait Natalya.